" LES CHOSES QUE JE NE DIRAI JAMAIS" Chapitre II

" LES CHOSES QUE JE NE DIRAI JAMAIS"

Chapitre II

"Soleil noir"

La nuit qui dure. Ce n'est pas ces maigres rayons de soleil qui la chasseront. Sont trop mal armés... pour la faire décamper c'est un arsenal qu'il faudrait. Une nuit où se cacher. Une nuit où il suffirait de ne rien dire pour se faire oublier.
Empiler des boucliers de tous côtés. Au centre il fera doux. Il fera sombre.
Opération tortue...
Une nuit où se souvenir combien je l'aimais ma belle.
Juste une nuit... parce que sinon le monde devient trop pâle, les émois trop fades, la vie trop triste.
Je n'ai pas besoin de bras pour pleurer... le noir me protège bien mieux que votre désarroi. Et je pleure autant ce que j'ai perdu que ce que j'ai découvert. Je suis d'un autre monde, un monde où les mots résonnaient, où les mots s'échangeaient comme on donne un baiser.
Juste une nuit pour oser me souvenir quelle femme elle était. Pas plus... j'ai la particulière conscience qu'il me faut l'oublier ... seulement la garder. Vos bras sont trop maigres, votre cœur est trop petit, votre force est trop menue.
Juste une nuit pour me rappeler. Elle m'aurait pris dans ses bras et serrée à me rompre, elle aurait étouffé d'impuissance de ne pas savoir tarir ces larmes, et puis bientôt de tristesse. Et je craignais tant de lui faire mal à ma belle...
Donnez moi la nuit. Alors j'ôterais la ouate dont vous vous entourez, je tairais ces non-dits, véritables distances de sécurité dont vous vous croyez le centre. Vos peurs me sont si ternes... Non je n'ai pas de mépris. Simplement je ne parle pas la même langue. Et dans ma nuit, il y a des couleurs dont je crois que vous avez oublié l'éclat...

"Quand les ombres n'encombrent plus"


Non mes ombres ne m'encombrent pas.Elles sont là, tout près mais je les appelle quand même.Je les sens mais de si loin. Elles ne m'encombrent pas. J'aimerai pourtant qu'elles m'envahissent et m'ensevelissent. Qu'elles me permettent d'oublier mes éternels combats.

J'aimerai me résigner. Laisser pisser. Certains semblent savoir le faire. Moi je les envie. Pourquoi faut-il que je sois toujours en train de me battre ?
Contre moi, contre le temps, contre les évidences, contre ce que je crois savoir, contre ce que je devine, contre ce que je m'imagine.

Accepter.
C'est peut-être cela le traître mot. Mes ombres sont là. Tout près. Mais elles ne protègent plus. Elles sont dorénavant trop loin. Maintenant je suis seule. Et je sens ma vie qui m'échappe. Sans bien comprendre pourquoi. Les mots me fuient aussi.
Je ne sais pas décrire ces larmes qui  coulent et qui me laissent pourtant de marbre.
La douleur est toujours là mais je ne la ressens pas.

Pleurer n'a jamais empêché de vivre, ni même d'en rire. On pleure sur soi, un peu. Mais pas trop. On pleure l'amour et la confiance, tous deux envolés. On pleure beaucoup cela. On pleure son passé. Mais le pire c'est quand on pleure déjà son avenir.

Avenir. C'est ce mot là qui me terrifie je crois. Mes ombres ne suffisent plus à le masquer. Elles ne m'encombrent pas assez. J'aimerai pourtant beaucoup qu'elles m'obstruent la vue. Peut-être alors que j'accepterai. Que je laisserai tomber mes combats stupides. Contre moi, contre le temps, contre les évidences, contre ce que je crois savoir, contre ce que je devine, contre ce que je m'imagine.

Mais si c'était enfin d'accepter qu'ils soient morts qui me jettent dans cet avenir si ténébreux ? Rendez-moi mes morts. Rendez-moi mes mots.
Pleurer son passé c'est beaucoup moins compliqué que de redouter son avenir.

"L'insecte et le myocarde"

Je les fais défiler une à une d'un quart de scroll de souris. Précis et sec mouvement de l'index sur lequel se cale l'œil censeur.
Je les jauge et je me juge aussi : pas une seule ne me plaît. Toutes bonnes à jeter.
Et je ne verse même pas dans le simulacre d'en accuser mon Canon...

Je les couche une à une. Et elles me donnent la nausée, ces phrases alambiquées. Trop mièvres, trop chialeux ces mots que je déguise en boniment.

Je me déteste d'être la proie de démons que je nourris grassement.
Je me déteste d'être à la merci d'un cœur aussi obtus qu'ahuri.
Il faudra donc qu'il saigne tellement pour qu'elle se réveille ma hargne salutaire et qu'elle ouvre enfin les yeux de cet abruti d'organe amputé de toute sagacité ?

Je me déteste de n'être plus que mon seul sujet.
L'insecte est insigne sous un microscope...

Je vais regarder grouiller les pages des livres. Si mes démons m'en laissent l'esprit. Parce que le drame de ces états-là c'est que surtout pour soi, qu'on devient son seul sujet...
Et je ne connais rien de plus pitoyable...

Sauf qu'il me faudrait combattre encore une fois. Combattre les mots pour les dompter, parvenir à les élever à la mesure de l'abjection. Combattre ma mémoire qui me dicte que pour une fois il faut fuir. Combattre l'impérieux désir de me tenir le plus éloignée possible de ces latrines où se noie la confiance, précisément celle que certains ne savent obtenir qu'à grands coups de leurre, à grand coup d'imposture.
Et puis viennent se plaindre d'avoir été tenté. Et puis gémissent.
Visqueuses roulures de la persécution... aussi prompts à faire le mal qu'à se vautrer dans leurs bruyantes lamentations.

Vains et vilains mots.
Mais je suis tombée de haut. Je ne savais pas que l'on pouvait accepter de vivre dans de tels immondices. J'ai peur de ne plus jamais savoir faire confiance.
Pour l'heure, je veux juste croire encore que le monde n'est pas seulement peuplé de blattes.

 

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Article ajouté le 2008-02-24 , consulté 267 fois

Commentaires


... le 25/02/2008 à 08:56:35
...c'esy ce que j'appel un riche commentaire "Fabric"....j'espère que le chevalier brun prendra ça en concidération...
en ce qui me concerne, no comment, ...je sais pas , tu connai ma vision,mon opinion , mes conseils, mes....et je ne rajoute rien...
bon courage chevalier...
Fabrice le 24/02/2008 à 14:56:34
Ni roman par sa singularité, ni essai par sa romance, un écrit entre deux royaumes aux confluents du rêve…

Un texte singulier car esquissé à l’encre d’un empire dont l’horizon se délimite aux frontières de ton cœur. Cet empire, ton for intérieur, voit se déployer la puissance de ta pensée et l’alchimie de ce qui te fait vibrer. La consistance de ton écriture, sa force, réside dans les replis secrets des paysages qui s’étendent en ton âme.

Pourtant, cette singularité qui t’est par essence propre trouve sa limite dans le support même que tu choisis. Le roman aspire à l’universel dans la mesure où l’écrivain s’efface derrière sa plume pour laisser pénétrer le lecteur dans une terre vierge de tout modelage. Oui, bien que l’écrivain habite son œuvre, il laisse le lecteur l’inventer.
Toutefois, il semblerait que le roman actuel soit normé pour plaire au plus grand nombre, comme un aliment ni trop fort ni trop amer… sans âme. Alors, ce qui peut apparaître comme une limite à ton écrit ne fait qu’affirmer sa particularité et sa saveur. Tout dépend alors de la finalité que tu lui attribues. Nourris-tu l’idée d’une diffusion ? Dans ce cas, écrire avec le regard de l’autre au-dessus de ton épaule devient une gageure. Car trouver l’harmonie entre l’appréciation d’autrui et l’élan de spontanéité est une contradiction dure à surmonter sans tomber dans l’artifice.

Je crois que la valeur de ton texte réside dans ce profond dialogue intérieur que tu établis avec ce que tu es :

« Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne - c'est à cela qu'il faut parvenir. Être seul comme l'enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l'enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s'en affairent et que l'enfant ne comprend rien à ce qu'elles font. S'il n'est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d'être prêt des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d'évènements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l'enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien » Rainer Maria Rilke


Par les flux et reflux secrets de ton for intérieur, tu polis ta plume, sculptes ton écrit et enrichis ton âme au gré de ton cœur, et seulement à cet instant, tu touches à l’universel…


chevalier brun le 24/02/2008 à 04:33:41
Brouillard qui brouille et qui mouille un peu. Partout. Même à l'intérieur.
On verra bien si le soleil se lève un jour...
Il faudra bien.
il fait déjà plus clair.
Mais j'aime tant la lumière...

merci bcp Brouillard pour ton commentaire
Brouillard le 24/02/2008 à 04:31:15
C'est vrai ...je l'éprouve si fort chaque jour. Les histoires d'amour simples, faciles, sereines seraient en voie de disparition ?
merci chevalier pour ce voyage
chevalier brun le 24/02/2008 à 04:19:06
aujourd'hui je vis dans la haute tour de ma citadelle des certitudes, et je récite mes litanies du 'rien n'est jamais acquis définitivement' et 'tout ce que je sais c'est que je ne sais rien' en espérant que le jour où un tremblement de terre mettra à bas mon château de cartes, il me restera au moins ça...

merci marionette
marionette le 24/02/2008 à 04:14:11
Votre billet me fait peur. Et ce surement parce qu'il est terriblement humain. Je ne sais pas quoi dire ni quoi faire, nous sommes tous tellement seuls... et il est parfois impossible d'arriver à se souvenir que l'amour existe encore malgré tout.
big kiss mohamed mon chevalier brun
ton amie



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